Le syndicat pour la défense de l’acupuncture traditionnelle

Acupuncture Traditionnelle : quelle reconnaissance pour notre profession ?

Le sujet que nous commençons à aborder ce mois-ci, et que nous souhaitons porter à la réflexion collective et au débat dans les mois à venir, est celui de la « reconnaissance » de notre profession.

Non, nous ne parlons pas de la gratitude de la part des personnes que nous recevons dans nos cabinets, ou des remerciements qu’ils peuvent formuler !

Mais bien de la question de l’acceptation, de la confiance de la société… d’un regard posé sur notre apport à la santé… 

Et très prosaïquement, de l’environnement juridique de notre profession.

Oui, ce sujet présent à l’esprit des étudiants en acupuncture depuis le début, qui inquiète, qui guide bien des choix, qui interroge dès que l’on parle de visibilité, d’assurance, de risques, de légitimité…

Cette question, qui ne peut qu’être au cœur des préoccupations d’un Syndicat souhaitant porter la voix des acupuncteurs traditionnels.

En toute première chose, soyons réalistes : en ce qui concerne l’Acupuncture Traditionnelle, peut-être qu’avant même d’imaginer être re-connus, encore faudrait-il avoir été « connus » une fois !

En France, la visibilité pour le grand public de ce qu’est réellement l’Acupuncture Traditionnelle a toujours été imparfaite – tandis qu’en coulisses, elle a toujours fait l’objet de débats.

Depuis la plainte en « exercice illégale de la médecine » portée par le Dr De La Fuye envers celui qui l’avait formé, Georges Soulié de Morant, à la création de la FNAT ou encore de l’association des médecins acupuncteurs, en passant par les tensions liées au fait qu’un médecin (chirurgien-dentiste) comme Jacques-André Lavier ait pu « en même temps » être porteur d’un discours (et d’une pratique) très poussé sur la « Tradition Primordiale », ou qu’un non-médecin comme Charles Laville-Méry ait pu enseigner l’acupuncture à des médecins,  l’existence même dans le paysage français d’une Acupuncture basée sur des traditions anciennes, transmises de générations en générations, n’a cessé d’être un champ de bataille.

Si les années 1970-1980 ont pu apparaître à certains égards comme une période plus ouverte, plus libre, permettant les travaux de l’Ecole Européenne d’Acupuncture et de ses éminents sinologues, permettant aussi à des non-médecins tels que Charles Laville Méry (qui avait lui-même essuyé une plainte pour exercice illégal de la médecine en 1972) ou plus tard Jean-Louis Blard (néanmoins kinésithérapeute « diplômé d’Etat ») de former des générations d’acupuncteurs, puis à des figures comme Jean Motte ou encore Thierry Bollet de créer des écoles reconnues et de faire avancer la connaissance de l’Acupuncture Traditionnelle, force est de constater que cette période d’effervescence s’est peu à peu assombrie.

Les corporatismes, l’Administration (grande passion française !), l’élargissement du domaine de la Loi (favorisé tant par le développement des institutions européennes, que par les coups d’éclat d’hommes politiques cherchant à tirer profit de faits judiciaires ou de faits divers pour se créer une visibilité médiatique en appelant à toujours plus légiférer sur les cas particuliers), sont venus constamment complexifier les conditions d’exercice des métiers du soin.

Une étape relativement technique de prime abord, mais lourde de conséquences, a été la prise en main des termes du débat par les institutions européennes à la fin du siècle. Ce furent les débats au Parlement Européen concernant « le statut des médecines non conventionnelles » (1997), suivis de la communication au Conseil de l’Europe concernant « une approche européenne des médecines non conventionnelles » (1999). Ces institutions, appuyées par une administration puissante, ont alors suggéré pour lignes directrices et pour horizon à l’échelle de l’Europe « la reconnaissance de ces médecines et nouvelles professions de santé (sic), à condition d’en encadrer strictement l’exercice et la formation ».

Il est à noter que cette période correspond non seulement en France et en Europe, mais également dans de nombreux autres pays du monde (du fait de « l’ouverture » de la Chine communiste), à l’émergence d’une « autre façon » de faire de l’acupuncture : ce fut le boom des écoles de « Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) ».

Issue de la révolution portée dans l’interprétation des textes classiques opérée par la Chine Maoïste des années 1950, organisée à l’international, cette nouvelle approche de l’acupuncture a su tirer son épingle du jeu en termes de communication, et se faire connaître du grand public de façon plus efficace que l’Acupuncture Traditionnelle, pourtant présente en France depuis plus longtemps.

Et les syndicats professionnels qui se sont créés en France à la suite des écoles (par exemple l’OSMC, le SIATTEC…) ont alors pris le parti de suivre la direction suggérée par les politiques européennes, acceptant de fait ce cadre contraint.

Tout comme l’Etat français acceptait de progressivement intégrer le droit national et le droit européen (et ce fut par exemple, en ce concerne nos affaires, la création du « RNCP », le Répertoire National des Certifications Professionnelles créé en 2002, et de son administration veillant « au renouvellement et à l’adaptation des diplômes et titres à l’évolution des qualifications, à l’organisation du travail, aux compétences acquises eu égard aux besoins du marché du travail » – ce qui une fois le jargon administratif traduit, signifie décider « qui a le droit d’exister en tant que métier, et qui n’a pas ce droit »), ces syndicats bientôt regroupés en une Fédération (la FNMTC) se sont saisis de la question de la « légalisation » de la pratique de la MTC en militant et agissant pour une reconnaissance pleine et entière de leur profession, dans le cadre prédéfini au niveau Européen.

Suivant la logique administrative, nos confrères se sont alors attelés à la lourde tâche de l’unification des enseignements au sein des différentes écoles, à la « certification » de ces dernières par la Fédération, à la création d’un diplôme national… Ils ont également mené des échanges avec l’administration, avec le monde politique, avec la corporation médicale, afin de progressivement « lisser » et enrichir le contenu des formations afin de rendre la profession la plus « acceptable », la plus « respectable » possible – fut-ce au prix de la perte d’une partie de l’essence de Tradition, au profit d’une approche « scientifique », occidentale.  

Il faut comprendre que cette logique, fort compréhensible au regard de la puissance de l’administration dans nos pays, n’est pas neuve.

Ainsi, dans les réflexions que nous souhaitons avoir sur ces sujets au sein du SYLAT, nous ne manquerons pas d’aller interroger les précédents en France, telle que l’uniformisation « réussie » des formations en Ostéopathie, ayant conduit à la quasi-disparition de certaines approches qui préexistaient à la reconnaissance du diplôme. (Il faut néanmoins se rappeler qu’il ne s’agit que d’une reconnaissance RNCP leur permettant d’exister, mais non d’une reconnaissance en tant que « professionnels de santé », ce qui les ferait rentrer dans le cadre encore plus « select » des professions reconnues par la Sécurité Sociale). Ou encore, les actions de certaines écoles de réflexologie cherchant à obtenir le « sésame » RNCP, etc.

Dans ce travail qui débute, nous tâcherons d’évaluer où en est le processus de reconnaissance réelle de la MTC, et où en est le débat politique en France (nous pouvons par exemple en avoir un aperçu en lisant le rapport 2020 du Centre d’Analyse Stratégique, dépendant du Premier Ministre, sur « les médecines non conventionnelles »).

Nous nous interrogerons sur le cadre défini par ces instances de la MTC, et sur les différences entre l’acupuncture transmise au sein de leurs écoles, et l’acupuncture telle qu’elle est transmise dans les écoles d’Acupuncture Traditionnelle.

Bien entendu, nous porterons un regard sur la réalité vécue par les praticiens en Acupuncture Traditionnelle, sur les vicissitudes judiciaires, sur l’Etat de la jurisprudence.

Ainsi à ce stade ce que nous souhaitons, en tant que Syndicat portant la voix des Acupuncteurs Traditionnels, c’est avant toute chose de mener le débat en interne.

Faut-il imaginer un chemin similaire à ces cas que nous venons de citer (MTC, Ostéopathie, réflexologie, etc.) ?

Faut-il imaginer un chemin qui nous est propre ?

Peut-on contribuer au renouvellement des termes du débat, ou bien est-on condamnés à rentrer dans ces termes issus de l’Europe, l’« encadrement strict de l’exercice et de la formation » ? (Doit-on rappeler qu’au sein du « monde occidental » même, cette façon de procéder n’est pas la seule ?)

Pouvons-nous nous donner les moyens de faire évoluer la vision qu’a aujourd’hui l’administration française de l’Acupuncture, qu’elle définit de façon extrêmement limitative comme « la stimulation de points de l’organisme par insertion d’aiguilles afin de rétablir la bonne circulation de l’“énergie” (Qi) à travers le corps via des méridiens » ?

Est-il envisageable de faire rentrer l’édredon dans la valise, et de rendre les formations en Acupuncture Traditionnelle compatibles avec des cahiers des charges élaborés par d’autres ?

Ces questions, et les autres que vous seriez amenés à formulées, doivent faire l’objet de réflexions collectives.

Alors, qui sera de la partie de ce défi qui s’ouvre pour l’Acupuncture Traditionnelle?

Nous appelons nos adhérents à se faire entendre !

Dans les prochains mois, nous vous proposerons des interviews de praticiens, de professeurs, d’anciens et de moins anciens, permettant d’éclairer les termes des débats. Lors de l’Assemblée Générale du SYLAT qui aura lieu le 23 janvier 2027, nous aurons le plaisir de bénéficier de l’intervention d’une avocate nous permettant de bien recadrer les termes juridiques de nos conditions d’exercice.

Progressivement, nous souhaitons réussir à réaliser des écrits qui seront autant de pierres portées à l’édifice de cette réflexion, et qui pourront être utiles à nos adhérents.

Ce premier aperçu, rapide et incomplet, n’est que le point de démarrage de l’aventure.

Avancez avec nous, et écrivez-nous sur contact@sylat.fr !

Traditionnellement vôtre 😊

L’équipe du SYLAT

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